T&MASSON

The Boogaloo, un mot qui roule des hanches et renvoie à toute une époque. Celle où la soul, le rhythm’n’blues et les sons afro-cubains, se frottaient furieusement.
Les sixties n’en finissent pas d’inspirer les artistes et les musiciens d’aujourd’hui. Le succès d’Amy Winehouse, de Raphael Saadiq, d’Alice Russell, de Sharon Jones et des Dap Kings n’est pas juste lié à la nostalgie. JC Masson, bassiste, réalisateur, homme de studio impliqué dans nombre de sessions dans l’hexagone, a lui aussi grandi bercé par ces hits des Supremes, de Marvin Gaye, d’Otis Redding de Ray Charles, « ses madeleines à lui ». A son tour, il prouve avec cette session qu’ici aussi on garde une tendresse particulière pour les grandes heures de Motown et Stax, les deux grands labels rivaux. « Je suis incapable de trancher entre les deux. J’ai adoré tous ces artistes.
J’ai toujours eu dans un coin de ma tête l’idée de faire un jour un album dans cette veine. »

Un challenge relevé autant avec passion qu’avec minutie. D’abord en soignant les mélodies sur ces treize plages courtes, vives, comme les classiques d’alors.
« Les auteurs de l’époque allaient à l’essentiel, avec pour base la structure couplet-refrain, une écriture ramassée sur 2 minutes trente, trois minutes.
J’ai essayé de travailler ainsi », explique le compositeur et penseur de Rubber Love.
Restait à retrouver le secret de fabrique de ce son si particulier, chaud, immédiat, insouciant, les secrets plutôt.
JC Masson a convoqué tout ce qu’il a pu : des fender rhodes, wurlitzer, clavinet, moog et orgue Hammond, passés au filtre de vieux amplis pour retrouver cette patine indispensable à son entreprise. Puis il a fallu ciseler les cuivres, en ligne, ou en solo, avec unissons vifs ou traits ronflants assurés par le baryton convoqué ici et là.

Pour s’aider, JC Masson a collaboré avec un américain, John Mayer, rencontré en studio, pour coécrire plusieurs titres avec un cahier des charges simple :
« Créer des chansons pensées comme des petits films. Des petites histoires identifiables, simples. Instantanées. » Puis avec un fidèle, Tony Fallone, spécialiste des claviers. Résultat ? Des thèmes qui reprennent les codes du genre, gardant une touche vintage tout en se propulsant dans notre époque à coup de minutieux bidouillages et de coup de ciseaux opérés depuis les consoles. « Il y a beaucoup de parties jouées lives, et pas mal de choses repiquées, insérées ici et là, pour que tout tienne et reste cohérent.
Des vieux sons avec une dominante organique. »
Impossible à l’arrivée de distinguer le 
« vrai » du « faux » : tout ici marche ensemble parce qu’au service d’un état d’esprit, d’une dynamique. Le groove est souvent le dénominateur commun, qu’il soit rapide, trépidant ou plus patient. Mais l’affaire fonctionne aussi sur les ballades et sur des tourneries électro soul dosées.
« J’ai vu ces dernières années combien les jeunes aimaient cette musique.
Regardez le public qui écoute Amy Winehouse ou Sharon Jones : au-delà des styles, cette vibration plait à la nouvelle génération. »

Manquait encore la voix pour incarner ces chansons. Repérée sur le net, impliquée dans des tournées dédiées aux grandes heures de la Motown, la chanteuse anglaise Shola Kaye, sollicitée, a immédiatement dit oui. Pour se glisser avec une aisance incroyable dans des sucreries à la Diana Ross, comme dans des tempos plus vifs avec chœur en soutien, façon girl groups. Voire même dans un blues lancinant, « Rain In Your Life », une reprise d’Essie Mae Brook.
Les textes de « What’s Up With That » ou « Free Your Mind » s’inspirent des belles idées des sixties, solidaires, humanistes.

JC Masson avait signé un enregistrement, Smoke My Blues (sous le nom T&Masson), inspiré de Robert Johnson, trituré façon Björk (dont l’extrait « Do You Believe » a été synchronisé pour une publicité de Peugeot). Le successeur de Boogaloo explorera, il le sait déjà, le funk des seventies. En attendant, il vient juste de démontrer qu’ici aussi, on connaît les classiques, au point de célébrer l’esprit soul intemporel de ses idoles en mode 2.0, avec le son et le savoir-faire d’aujourd’hui.
Les Daft Punk ne viennent-ils pas de convoquer Niles Rodgers et Giorgio Moroder pour leur dernier album ?

 

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